EL TEXTO ARGUMENTATIVO : ESTRUCTURA Y

CARACTERÍSTICAS.

-INTRODUCTION

-1. LA SEQUÈNCE ET L’ORGANISATION ARGUMENTATIVES

-2. LA STRUCTURE DU TEXTE ARGUMENTATIF :

       2.1. Schème de base du texte argumentatif

       2.2. Le prototype de la séquence argumentative d’Adam.

-3. CARACTÉRISTIQUES DU TEXTE ARGUMENTATIF :

       3.1. Caractéristiques Pragmatiques

       3.2. Caractéristiques Linguistiques

       3.3. Cohérence et cohésion

-CONCLUSION

-BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION :

Si comme le fait Benveniste, on entend le discours comme toute énonciation qui implique un locuteur, avec l’intention d’avoir une influence sur l’interlocuteur, le texte c’est un discours qui répond à une activité énonciative dans un contexte socio discursif de production et interprétation.

Chaque type de discours ; politique religieux, essai didactique, publicitaire, littéraire, etc., suppose un contexte énonciatif de production et interprétation, qui détermine le sens de l’énoncé. Tout texte c’est donc un produit d’une pratique social concrète.

Le producteur et le récepteur considèrent quelque chose comme un texte  s’il y a des connexions internes et en plus, s’il s’avère approprié au contexte discursif. On ne peut pas étudier le texte comme une simple extension d’une phrase. Les structures textuelles, en dépendance en ce qui concerne les contextes énonciatifs et les pactes sociodiscoursifs, imposent aussi une série de conditions linguistiques pour l’interprétation  des énoncés. L’analyse doit donc articuler les aspects sociodiscoursifs et les relatifs à l’organisation textuelle des énoncés, en étudiant les structures du texte comme produit d’une activité énonciative inscrite dans un type de discours déterminé.

1.LA SÉQUENCE ET L’ORGANISATION ARGUMENTATIVES

Du point de vue de sa composition, un texte c’est un système hétérogène formé des parties complémentaires qui ont une certaine autonomie et qui sont articulées entre elles pour conformer le texte.  J.M. Adam appelle séquences à ces parties qui répondent à des schèmes de compositions plus locales et moins déterminés par le type discursif que la planification globale. La séquence argumentative répond à une stratégie discursive qui consiste à faire admettre une thèse au détriment d’une autre. En général tout discours a une orientation pragmatique argumentative indépendamment du type d’organisation compositionnel qu’il 

présente. Cette organisation est inhérente au langage et elle n’est pas

associée à un seul type de séquence. Il faut distinguer donc cette  orientation, de la séquence argumentative comme forme de composition.

Pour Adam, l’argumentation  pourrait parfaitement être conçue comme une  septième fonction de la communication verbale après  la fonction métalinguistique, phatique et poétique du schéma de Jakobson. Si la fonction descriptive de la langue est essentielle, quand on communique, on fait allusion à un monde, on construit une représentation, très souvent aussi on cherche à faire partager à un interlocuteur des opinions ou des représentations relatives à un thème donné, on cherche à provoquer ou accroître l’adhésion d’un auditeur ou d’un auditoire aux thèses que l’on présente. Ainsi on parle et l’on écrit très souvent pour argumenter et cette finalité est considérée pour les uns comme surajoutée à la valeur descriptive de la langue et pour les autres comme première. Dans cette dernière perspective, les données informationnelles ne sont pas vues comme prioritaires dans l’énoncé mais comme dérivées de sa valeur argumentative. L’argumentation est donc une opération très répandue dans le discours, mais le texte argumentatif ou la séquence argumentative, pour reprendre la terminologie d’Adam  est une structure prototypique qui a des caractéristiques spécifiques au même titre que la séquence narrative, descriptive et explicative. Le texte argumentatif est propre aux essais, aux articles de presse, aux éditoriaux, aux discours politiques, à la publicité et aux plaidoiries d’avocats. On peut le trouver également dans des préfaces, des textes scientifiques, mais aussi dans tous les genres littéraires  : au théâtre, dans la littérature engagée, dans la poésie (comme les fables par exemple) ou  dans les romans.

                                                                                                                   

                                                                                                                

2. STRUCTURE DU TEXTE ARGUMENTATIVE

2.1. Le schéma de base du texte argumentatif

Pour certains linguistiques l’argumentation se décompose  en deux propositions :

              Conclusion ou thèse ; C'est l'idée principale du raisonnement, ce que l’on veut démontrer ou la réfutation d’une thèse adverse. C’est la proposition qui constitue le point d’arrivée d’un raisonnement argumentatif. Elle est parfois précédée de conjonctions ou de syntagmes comme donc, alors, ainsi, c’est pourquoi, il s’ensuit, ce qui implique

              Prémisses ou arguments ; ces sont des propositions ou faits sur lesquels repose le raisonnement, les raisons qui permettent de déduire ou d’induire la thèse ou conclusion. Les prémisses sont souvent précédées de conjonctions comme  car, or, puisque, en effet, parce que, vu que, etc.

En ce qui concerne ces propositions il faut tenir en compte qu’un énoncé n’a pas une valeur de conclusion ou d’argument, par soi-même, mais par rapport à un autre énoncé auquel il est associé. Par exemple, l’énoncé

(1)  La novelle ligne d’autobus n’est pas rentable.

serait la conclusion à laquelle conduit l’argument, l’autobus circule presque vide dans l’heure de pointe ; d’autre part cet énoncé pourrait fonctionner comme argument par rapport a la conclusion Il faut la supprimer. La conclusion d’une première séquence argumentative peut donc s’utiliser comme argument dans une seconde séquence argumentative enchaînée à la première.

J.M. Adam ajoute à ces unités constituantes de la séquence le Garant, le support, et la restriction.

              Le Garant : C’est ce qui légitime le passage de l’argument à la

                                                                                                                                                                                                                                   

conclusion, une règle d’inférence, un principe général qui évite que l’on soit obligé d’introduire d’autres données. Par exemple, dans l’énoncé :

              (2) La nouvelle ligne d’autobus n’est pas rentable ; il faut la supprimer.

Ce qui sert de fondement à l’inférence et vient étayer le passage de la donnée à la conclusion serait le topos suivant : ce qui n’est pas rentable, il faut le supprimer.

Cette notion de topos a un roll rôle fondamental dans la plus récente théorie de l’argumentation dans la langue (O. Ducrot, 1990). Dans cette théorie le topos c’est le principe argumentatif qui assure le passage de l’argument à la conclusion, qui est communément partagé et valide dans une infinité des situations analogues à la propre situation dans laquelle on parle.

Dans notre exemple, l’énoncé

              (2) La nouvelle ligne d’autobus n’est pas rentable ; il faut la supprimer.

construit une situation où l’on admet que la baisse rentabilité c’est une raison suffisante pour décider la suppression de la ligne.

Le garant peut être exprimé de façon explicite ; par exemple dans le syllogisme (modèle exemplaire du mouvement argumentatif),

              (3) La nouvelle ligne d’autobus n’est pas rentable (prémisse majeure). Ce qui n’est pas rentable, il faut le supprimer (prémisse mineure)

Donc, la nouvelle ligne d’autobus doit être supprimée(conclusion)

Néanmoins le plus fréquent dans le discours argumentatif c’est que la conclusion reste implicite :

          

                                                                                                                 

  (4) La nouvelle ligne d’autobus n’est pas rentable et ce qui n’est pas rentable il faut le supprimer...

              Le Support : J.M. Adam distingue aussi un support sur lequel s’étaye le garant ; le support serait l’univers sémantique dans lequel se situe l’argumentation et, dans notre exemple, cela correspondrait à un cadre implicite du type : étant donné l’idéologie dominante de la rentabilité.

              La Restriction (réfutation ou exception) : ces constituants de la séquence argumentative ont la fonction d’invertir l’orientation argumentative du discours. Même si la donnée-argument entraîne probablement ou VRAISSEMBLABLEMENT (adverbe modal de force) la conclusion, c’est dans le cadre d’une restriction ou contre-argumentation toujours possible (À MOINS QUE).

En résumé, le schéma de base de l’argumentation est une mise en relation de données avec une conclusion. Cette mise en relation peut être implicitement ou explicitement fondée (garant et support) ou contrariée (réfutation ou exception). Si la donnée est l’élément le plus souvent explicite, le support est très souvent implicite et les autres composantes se situent entre ces deux pôles d’implication et d‘explication. Le schéma du mouvement argumentatif est donc, le suivant :

Proposition p

DONNÉES}  ----- RÉGLE --------donc probablement------à CONCLUSION

                              D’INFÉRENCE                                                                                                                                                                                      ^                                  ^

                                       ||                                   ||

                               GARANT                 RESTRICTION

                                ^                     SPÉCIFICATION

                            SUPPORT                                                                                    

                                                                                     

2.2. Le prototype de la séquence argumentative d’Adam : Exemple.

Il existe un schéma textuel prototypique argumentatif avec des caractéristiques grammaticales, sémantiques, pragmatiques qui lui sont propres. Comme nous l’avons vu dans le schéma de base,  la caractéristique essentielle de  la structure argumentative reconnue par tous les théoriciens du texte argumentatif, est qu’elle aboutit toujours à une conclusion et part de prémisses. Ducrot ne considère pas les prémisses comme des arguments puisque pour lui les arguments sont une autre étape de  la structure argumentative. En effet pour lui, l’argumentation se décompose en trois parties : les prémisses, les arguments et la conclusion. Il s’agit donc de partir de prémisses qu’on ne saurait admettre sans admettre aussi telle ou telle conclusion. Entre les deux, le passage est assuré par des démarches argumentatives qui prennent l’allure d’enchaînements d’arguments-preuves.

Adam en partant du schéma de Ducrot élabore le schéma qu’il considère comme le prototype de la séquence argumentative :

   THESE   +  PRÉMISSES ---étayages ---donc probablement  Þ CONCLUSION                                         ANTÉRIEURE                    des inférences                                     (Nouvelle thèse)                                       

                                   Puisque,étant donné que            Î

P.arg 0                P.arg 1                  P.arg 2                                       P.arg3

                                                                         À moins que

                                                                               RESTRICTION

                                                                                              p.arg 4

                                                                                                                   

                                                                                                                                        

                                                                                                      

Nous pouvons donner comme exemple de ce schéma prototypique un des textes publicitaires proposés par Adam dans son étude sur la séquence argumentative :

[a] Les hommes aiment les femmes

[b] qui ont les mains douces.

[c] Vous le savez.

[d] Mais vous savez aussi que

vous faites la vaisselle.

[f] Alors ne renoncez pas pour autant

à votre charme, [g] utilisez

Mir rose. Votre vaisselle sera

propre et brillante.

Et vos mains, grâce à l’extrait

de pétale de rose contenu dans

Mir Rose, seront plus douces et

plus belles.

Elles ne pourront que vous dire

Merci. Votre mari aussi.

          

On  a ici une première prémisse: « les hommes aiment les femmes qui ont les mains douces » et une première inférence est exprimée dans la proposition [c] : « Vous le savez », ce qui sous-entend :

                                                                                                                  

« vous voulez avoir les mains douces comme toutes les femmes pour plaire aux hommes ». Une autre inférence implicite serait le topoi commun à presque toutes les cultures: toutes les femmes veulent plaire aux hommes. Si cette inférence était remise en question toute l’argumentation de la publicité s’écroulerait. Le connecteur argumentatif « Mais » introduit une restriction [d] susceptible de bloquer la conclusion qui serait « ayez donc les mains douces ». Cette restriction est en même temps une deuxième prémisse : « vous savez aussi que vous faites souvent la vaisselle ». Cette deuxième prémisse entraîne de nouvelles  inférences implicites : « vos mains s’abîment et les hommes ne vous aimeront probablement pas ». Mais, à cet argument, on applique une restriction [f]: « Alors ne renoncez pas pour autant à votre charme », c’est-à-dire « vous pouvez conserver votre charme » d’où se dégage automatiquement la conclusion [g] « si vous utilisez Mir Rose ». La nouvelle thèse qui se situe dans le futur  est qu’avec Mir Rose  « votre vaisselle sera propre et brillante », « vos mains seront plus douces et plus belles » et vos mains et votre mari vous en seront reconnaissants, la conclusion sous-entendue étant « et votre mari vous aimera ». La thèse antérieure qui apparaît dans le schéma prototypique d’Adam dans le cas de cette publicité est implicite : « votre vaisselle n’est ni propre, ni brillante, vos mains ne sont pas douces ». Bien sûr si cette thèse était énoncée au début de la publicité, les  téléspectateurs ne s’y intéresseraient pas car ils ne se sentiraient pas identifier.

                  

3.CARACTERISTIQUES DU TEXTE ARGUMENTATIFVE

3.1.Caractéristiques pragmatiques

L’argumentation est une forme d’interaction sociale qui prétend agir sur l’interlocuteur ou l’auditoire en obtenant ou en renforçant son adhésion aux thèses qui lui sont présentées. Cette approche pragmatique de l’argumentation qui hérite et s’inspire de la rhétorique grecque a été développée par de nombreux linguistes tels que Ducrot, J.B. Grize, C. Perleman et  Olbrechts-Tyteca. Selon la Théorie de l’argumentation ou « nouvelle rhétorique » de C.Perelman  et  Olbrechts-Tyteca, l’argumentation est une opération omniprésente dans le discours qui s’ajoute à la valeur descriptive et informative elle aussi intrinsèque à la langue. La Théorie de l’argumentation comme la rhétorique des Anciens conçoit l’argumentation  comme l’art de persuader, le « ars bene dicendi », le « bene » signifiant efficacité, moralité et beauté. Dans ce sens, plusieurs linguistes tels que J.B.Grize, opposent argumentation et démonstration. La démonstration relève de la démarche  scientifique et ne tient pas compte de la situation concrète, ni du sujet qui raisonne ni de ceux auxquels elle s’adresse alors que l’argumentation tient compte des sujets de la communication et comprend donc d’autres opérations que celle de la pure démonstration.

Perelman et Olbrechts-Tyteca qui s’inspirent de la tradition aristotélicienne centrent les techniques de la persuasion sur l’auditoire, analysent les fonctions de l’orateur et les différents types d’auditoires, les types d’arguments et les modes de discours et mènent une analyse exhaustive des objets de l’argumentation. Parmi les caractéristiques pragmatiques de l’argumentation, on peut citer son caractère social  puisque plusieurs participants individuels ou collectifs interviennent et assument un rôle spécifique dans l’interaction.                                                      

Le locuteur adopte une position dès le début et la maintient tout au long de son discours en s’impliquant totalement. C’est pourquoi dans ce type de texte, on trouve souvent les  marques de la première personne, des expressions et des verbes modaux (à mon avis, selon moi, je crois, je suis sûre, …), des expressions qualitatives (bien, mal, favorable, …). L’argumentation est clairement un acte illocutif : il présente le discours comme cohérent et justifié ; c’est en même temps un acte perlocutif puisqu’il cherche à convaincre le récepteur de ce que l’on dit.  Parfois l’effet perlocutif va plus loin que la recherche d’adhésion à une thèse puisque l’argumentation peut aussi avoir pour finalité de changer l’attitude du récepteur ou de le mener à accomplir certaines actions (qu’il soit plus aimable, qu’il nous pardonne, qu’il fasse des efforts, qu’il accomplisse un travail, qu’il aille à un rendez-vous…). Le récepteur n’est pas un être passif puisqu’il peut décider d’accepter ou non, il peut se laisser convaincre ou pas. L’approche pragmatique de l’argumentation s’intéresse particulièrement à l’auditoire qui est défini comme l’ensemble des personnes que l’on veut influencer. Pour mener à bien  une argumentation il est important  de tenir compte des caractéristiques de l’auditoire (sociales, croyances et opinons, niveau culturel et intellectuel, …) qui vont conditionner la construction du texte tant au niveau de la forme que du fond et la sélection des arguments. Il existe de multiples types d’auditoire, certains peuvent être très hétérogènes, dans ce cas, le locuteur devra utiliser différents arguments et des techniques diverses pour pouvoir toucher tout le monde. D’autre part l’auditoire peut être plus ou moins réceptif, plus ou moins influençable. Le contexte, la situation de communication sont d’autres variables dont le locuteur doit tenir compte et qui vont conditionner le discours argumentatif et le type d’arguments utilisés.                                                                                                                                 

                                                                                                                  

3.2. Caractéristiques linguistiques

Une des structures syntaxiques à laquelle l’argumentation a le plus souvent recours est la négation. C’est une forme utilisée pour contre-argumenter une opinion que l’on suppose défendue par l’interlocuteur. Les philosophes et les logiciens considèrent la phrase négative dans l’argumentation comme un jugement sur un jugement: Ce livre n’est pas intéressant sous-entend que l’interlocuteur le juge intéressant. D’autre part les types de phrases  qui conviennent le plus au texte argumentatif sont la phrase déclarative et interrogative. La phrase interrogative est une manière habile d’attaquer des raisonnements adverses puisqu’elle présente une alternative à la thèse défendue, elle peut générer une certaine complicité avec l’auditoire qui se sent interpellé. Par contre la phrase injonctive est exclue de l’argumentation car l’impératif n’est pas persuasif.

Le point de vue de l’émetteur se manifeste à travers les verbes modaux comme pouvoir, devoir, souhaiter, croire, penser, admettre, considérer, estimer, les verbes performatifs comme déclarer, proclamer, affirmer, jurer, promettre, suggérer, recommander, demander), les marques de la première personne (je, moi, mon opinion, ma conception, …). Le pronom « nous » est aussi utilisé tantôt pour renvoyer au destinateur et à un tiers (nous avons constaté ces dernières années), tantôt pour renvoyer uniquement au destinateur, il s’agit alors du « nous » de modestie (nous pouvons affirmer…) ou encore pour désigner le destinateur et le destinataire  (nous avons vu, supposons que). Le « on » à valeur de « nous » (on pose comme principe que, on sait que, on en est réduit à, …) est aussi utilisé dans ce type de texte. Mais le locuteur peut aussi employer le pronom « on » à valeur impersonnelle : On dit que …  pour effacer les marques subjectives de son texte.                                 

                                                                                                                                                                                                                                 D’autre part il ne faut pas oublier que le texte argumentatif  peut apparaître dans des textes littéraires (roman, théâtre, nouvelle, …) et, dans ce cas, celui qui argumente peut être le narrateur ou un des personnages. Les pronoms personnels tu ou vous peuvent apparaître pour s’adresser aux interlocuteurs. En les incluant ainsi dans le texte argumentatif, le locuteur les rend plus présents, les fait en quelque sorte participer au processus argumentatif ce qui peut permettre de mieux les convaincre.

Les différents outils linguistiques exprimant la qualité sont fréquemment utilisés dans le texte argumentatif comme les  adjectifs et les adverbes ou des constructions équivalentes, ils sont aussi l’expression du point de vue du locuteur. De même le texte argumentatif utilise un lexique connotatif qui indique des jugements de valeur positif pour le point de vue défendu, négatif pour le point de vue contraire. L’argumentation utilise aussi de nombreux verbes qui expriment des rapports de cause et de conséquence : causer, produire, être à l’origine, occasionner, provoquer, entraîner, déterminer, découler, résulter de, s’expliquer par, avoir pour origine…

Le texte argumentatif a recours à certaines expressions et adverbes qui marquent le degré de certitude comme toujours, jamais, assurément, sans aucun doute qui affirment de façon catégorique le point de vue défendue ou peut-être, probablement, il est possible que qui cherchent ou semblent chercher à ne pas contraindre l’interlocuteur.

Le temps propre à l’argumentation est le présent intemporel puisque l’argumentation est valable de façon générale, il correspond aussi au temps de l’énonciation de l’argumentation.                                                                                   Une autre caractéristique linguistique du texte argumentatif est l’utilisation de figures rhétoriques. Dans la rhétorique classique, la construction du discours argumentatif était régie par deux principes :                                                                                 l’ars recte dicendi qui exige une utilisation correcte de la langue et l’ars bene dicendi qui a trait à l’ornatus et s’entend comme un principe d’efficacité communicative et d’adéquation du discours au contexte pragmatique. Selon Perelman et Olbrechts-Tyteca pour que l’on puisse considérer une expression linguistique comme une figure rhétorique, il faut qu’elle présente une forme syntaxique, sémantique ou pragmatique qui se distingue en tant que telle et qui de plus apparaît comme une déviance de la langue par rapport à son usage normal. Ainsi la figure rhétorique a pour but de retenir l’attention de l’auditoire, de le surprendre et de lui plaire puisqu’elle a aussi une fonction esthétique, le but ultime étant toujours de le convaincre.  Les figures rhétoriques les plus utilisées dans le texte argumentatif sont les figures d’analogie à savoir la métaphore et la comparaison, les figures de substitution en particulier  la périphrase, la litote et l’euphémisme, les figures d’opposition comme l’antithèse, l’oxymore et l’antiphrase et les figures d’exagération comme l’hyperbole.

L’anaphore et la répétition qui permettent d’insister et de mettre en relief tel ou tel élément du discours sont d’autres procédés rhétoriques utilisés dans le texte argumentatif de même que l’interrogation rhétorique qui n’attend pas une réponse de l’interlocuteur mais qui est une manière d’attirer son attention et de l’impliquer directement. Si ces différentes figures rhétoriques sont celles auxquelles le texte argumentatif a le plus souvent recours, en réalité tous les autres  types de figures rhétoriques  peuvent être aussi utilisés pour atteindre l’objectif poursuivi par ce type de texte: les amplifications, l’énumération, l’ironie, les jeux de mots, …

                                                                                                                  

3.3. Cohérence et cohésion

Nous avons vu ??? qu’il est indispensable qu’un texte applique et respecte les règles de cohésion et de cohérence pour pouvoir fonctionner correctement et atteindre ses objectifs de communication. Pour respecter ces règles le texte argumentatif comme n’importe quel autre type de texte utilise des procédés qui lui sont propres. Nous avons déjà mentionné qu’une des caractéristiques du texte argumentatif est l’abondance des connecteurs logiques qui permettent d’établir les liens logiques qui enchaînent les arguments et les idées entre elles. L’emploi de ces articulateurs est incontournable puisque l’argumentation se base sur le raisonnement logique. C’est pourquoi le choix judicieux et approprié de ces articulateurs déterminera la qualité de l’argumentation et permettra d’en assurer la cohérence et la cohésion. Mais l’argumentation utilise aussi des connecteurs organisationnels ou énumératifs (pour commencer, d’abord, d’une part,  ensuite, en second lieu, d’autre part, pour finir, en dernier lieu, enfin…) qui servent à assurer une progression ordonnée du texte. Parmi les autres éléments de cohésion et de cohérence qui apparaissent dans le texte argumentatif il faut souligner l’importance des citations qui, comme les exemples, donnent plus de force à l’argumentation. On peut citer des autorités et des auteurs reconnus, des personnages célèbres qui ont une influence sur l’opinion publique, des sentences et des maximes. Les citations apparaissent entre guillemets dans les textes écrits. De même les guillemets ainsi que l’italique sont utilisés pour mettre en relief certains mots et certaines expressions et attirer ainsi l’attention du récepteur sur des idées clef de l’argumentation. D'autre part, comme dans tout autre type de texte, la cohésion est assurée par le lexique avec l’emploi de termes appartenant au même champ lexical.   

                                                                                                       

CONCLUSION

Nous pouvons conclure de cette étude qu’il existe deux approches complémentaires pour analyser le fonctionnement de l’argumentation: l’une qui appartient au domaine de la linguistique textuelle se centre davantage sur l’élaboration et la construction du texte argumentatif qui se développe suivant un schéma prototypique. L’autre approche s’intéresse à la fonction communicative de l’argumentation omniprésente dans les échanges communicatifs et dans des situations de communication les plus diverses et hétérogènes : conversation quotidienne, débat, discussion,…Cette approche s’intéresse en particulier aux facteurs pragmatiques (le type d’auditoire par exemple) qui vont influencer et définir les choix du destinateur dans son argumentation. Mais comme nous l’avons dit ces deux approches sont complémentaires et souvent se recoupent. Pour un élève qui étudie le français il est important de connaître les mécanismes et le fonctionnement de l’argumentation pour développer sa compétence pragmatique et communicative. Les modes de raisonnement et les divers procédés argumentatifs (utilisation de connecteurs, de figures de style, …)  peuvent l’aider à développer un esprit logique et à améliorer son niveau de langue en apprenant à penser, à réfléchir et à élaborer un discours complexe  dans une langue qui n’est pas la sienne.

BIBLIOGRAPHIE

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