La typologie des modalité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le terme de modalité est surchargé de significations. Les définitions que l’on propose pour ce terme pourraient être réduites à trois types essentiels :

 

·        pour A. Martinet[1], la modalité décrit “une manière d`être » du procès ou de la substance « nominale », le temps, l`aspect, le mode sont des modalités « verbales ».

 

·        en grammaire générative le symbole Modalité est l`un des constituants immédiats de la phrase, qui lui confère à celui-ci son statut spécifique, assertif, interrogatif, exclamatif, impératif. Pour distinguer ce type de modalité des autres manifestations de la modalité on utilise le terme de modalités d`énonciation(A. Meunier)

 

·        La troisième définition de la modalité se rapport à une modification du prédicat qui fait intervenir l`attitude du sujet parlant par rapport au contenu de l`énoncé. Ainsi, pour Bally, la modalité désigne un ensemble d`éléments qui indiquent que le dictum est jugé, réalisé ou non, désiré ou non, accepté avec joie ou regret par le sujet, parlant ou pas quelqu`un d`autre que le sujet parlant. Pour d`autres chercheurs, la modalité est une catégorie logico-sémantique qui représente une manière d`envisager le prédicat de la phrase comme vrai, comme nécessaire ou contingent, comme probable ou possible.

 

E. Benveniste définit la  modalité comme «  une assertion complémentaire pourtant sur l`énonce d`une relation »

 

La définition proposée par B.Pottier se rapporte à la fonction essentielle de la modalité d`exprimer l`attitude du locuteur : « une modification du prédicat par le sujet ». Pour distinguer la modalité conçue dans ce sens de la Modalité, symbole de la représentation de la phrase en grammaire générative, on a proposé le terme de « modalité d`énoncé ». (A.Menuier)

 

L`étude syntaxique des modalités pourrait être abordée de plusieurs points de vue. Les modalités peuvent être considérées comme des prédicats modaux abstraits. Les principaux prédicats de ce type sont : savoir, devoir, pouvoir, vouloir. Pour A.J.Greimas, ces prédicats se réduisent à deux fonctions essentielles : faire et être qui donnent naissance à deux formes possible d`énoncés élémentaires : les énonces de faire et les énoncés d`état. Les deux modalités ressortissent au verbe devoir : devoir faire et devoir être qui expriment respectivement l`obligation (modalités déontique) et la nécessité (modalités aléthiques).

 

Il en résulte que les prédicats modaux sont les mêmes, ce qui est différent, c`est la nature des énoncés modaux. Il y a donc une logique qui repose sur le dispositif modal du devoir faire et une logique issue du devoir être.

 

Les modalités peuvent être analysées aussi du point de vue de leurs valeurs : certitude, possibilité, obligation. Un système qui peut servir de cadre à une classification sémantique des modalités est fourni par la logique traditionnelle qui dispose des valeurs modales en carrés logiques. Il y a ainsi des modalités qui se rapportent à la vérité des états de choses ou modalités aléthiques(nécessaire, contingent, possible, impossible).

 

La pensée modale peut se rapporter à la connaissance que le sujet d`énonciation a des choses et des phénomènes. On parle dans ce cas de modalités épistémiques(certain, contestable, exclu, plausible).

 

Si, dans l`analyse des modalités, on fait intervenir les relations interpersonnelles, la nécessité s’exprime en termes d`obligation : ce sont les modalités déontiques (obligatoire, facultatif, interdit, permis).

 

On peut ajouter aussi des nuances modales relatives à l`expérience subjective du locuteur qui se traduit sur le plan des désirs et des souhaits : c`est le domaine de la logique désidérative. On peut également se rapporter à la volonté du sujet : on parle alors de logique volitive, centrée autour du prédicat vouloir. Ces modalités sont des modalités virtualisantes qui s`opposent aux modalités actualisantes.

 

Si l`on prend en considération les énoncés qui sont des évaluations sur les objets fondées sur l`opposition bon/mauvais on pénètre dans le champ de la logique affective. Les relations entre la logique affective et le langage se manifestent dans les différents procédés à a l`aide desquels on exprime les nuances péjoratives ou mélioratives (favorable/défavorable) que peuvent acquérir les énoncés.

 

Bien que ces oppositions puissent offrir à l`étude des modalités un cadre très générale, il est très difficile sinon impossible de mettre toujours en rapport direct les valeurs logiques et les réflexes linguistiques de ces valeurs modales.

 

 

 

 

Ø  LES MODALITES ALETHIQUES

 

 

Ces modalités se laissent disposer selon un carré logique dont le terme de base est le terme nécessaire, les autre termes étant définis à partir du terme de base avec l`aide de la négation :

 

Nécessaire--------contingent (non-nécessaire)

 

Possible (non nécessaire que non)-----------impossible (nécessaire que non)

 

L`expression linguistique des termes de ce quaterne pose des problèmes difficiles parce que le sens usuel des adjectifs qui désignent des prédicats modaux peut être différent de la valeur modale. Ainsi, la signification courante de l`adjectif possible n`est pas aléthique mais épistémique, car possible s`oppose à certain plutôt qu`à nécessaire. De même l`adjectif nécessaire traduit une valeur déontique et non une valeur aléthique, étant synonyme de obligatoire.

 

La modalité nécessaire, représentée par le prédicat abstrait devoir être, est lexicalisée en français par des adjectifs et des adverbes modalisants tels que : inévitablement, nécessairement, immanquablement, inéluctablement, infailliblement, inévitablement.

 

« Cette vie vers laquelle l`achemine inéluctablement chaque jour« (S. de Beauvoir)

 

La valeur modale « possible » est lexémisée par l`adjectif possible, mais cet adjectif peut exprimer aussi une modalité épistémique opposée à certain, le modalisant possibleapparaît en position de coverbe ou d`operateur de phrase régissent le subjonctif :

 

« Il est possible qu`il fasse froid cette nuit».

 

En présence d`un nombrant qui oriente le sens de possible vers celui de probable, on peut avoir dans le dictum un verbe à l`indicatif :

 

« Il est fort possible qu`il fera froid cette nuit».

 

Possiblepeut être un modalisant d`affectivité (étonnement, surprise, indignation).

 

Est-ce possible ?

 

Le verbe pouvoirest l`expression verbale de plusieurs valeurs modales, suivant qu`il apparaît dans une construction personnelle ou impersonnelle.

 

Dans les constructions à sujet personnel, animé ou non animé, pouvoir est le marqueur de la possibilité interne « être capable de », « en état de».

 

« La paix pouvait facilement se métamorphoser en hostilités» (Le Clézio)

 

Le conditionnel du verbe savoir à la forme négative est un synonyme littéraire du verbe pouvoir.

 

Le verbe savoir opère comme synonyme de pouvoirdans des phrases qui montrent l`intensité de l`action :

 

« Elle pleurait tout ce qu`elle savait».

 

Il n`existe pas en français un terme positif pour exprimer la valeur modale « impossible ». Cette idée est lexémisée à l`aide de la negativisation des termes qui expriment la possibilité : l`adjectif possible-impossible : le verbe pouvoir.

 

« Il paraissait impossible qu`elle résistât longtemps a ce traitement».

 

Le terme modal de contingent est pris souvent en un sens neutre. Il désigne ce qui n`est ni nécessaire ni impossible. Le principal moyen dont dispose le français pour exprimer cette valeur modale est le verbe pouvoir, le plus souvent à la forme pronominale impersonnelle.

 

Un autre actualisateur de l`aléatoire est en français le verbe arriverà la forme impersonnelle et au présent.

 

 

Ø  LES MODALITES EPISTEMIQUES

 

Les modalités de ce type sont disposées suivant un carré logique qui peut prendre pour base la valeur certainet obtenir les autres valeurs à l`aide de l`opérateur négatif :

 

Certain-------douteux (non certain)

 

Probable (indécis) (non certain que non)------exclu (certain que non)

 

Les modalités épistémiques sont actualisées par des modalisants de valeur positive ou par des modalisants négativités. Ainsi, la valeur « certain » est exprimée soit par l`adjectif certain, soit à l`aide de la negativisation du nom certain : il n`est pas douteux que.

 

D`autres valeurs modales épistémiques telles que « vérifié, faux, indécis «  peuvent avoir des réflexes linguistiques très menacés en engageant le langage de la perception.

 

L`hypothèse conformément à  laquelle tout énoncé, quel qu`il soit a une dimension épistémique pose le problème des opérateurs épistémiques fondamentaux. Cette dimension épistémique obligatoire de l`énoncé doit être ou bien celle de l`opinion, prédicat logique croire ou bien celle de savoir. Toute énonciation s`inscrit entre les deux pôles de la certitude ou de l`incertitude du locuteur. Certains énoncés explicitent par des lexèmes déterminés ces modalités, tandis que d`autres énoncés ne présentent en surface aucun marqueur modalisant de ce type. Ces énoncés ont une modalité implicite qui peut être interprétée soit comme une modalité croire, soit comme une modalité savoir. Si la modalité est explicitée, par le verbe savoir l`énonce s`inscrit dans un discours de type autoritaire : « Je sais, donc c`est vrai », tandis qu`il engage un verbe de type « croire » c`est un discours de tolérance (d`alternative possible) : « Je crois, donc c`est possible ».

 

Ces deux verbes épistémiques abstraits peuvent se lexémiser de plusieurs manières. Le prédicat modal « croire » a comme principal support lexical le verbe « croire » à la forme affirmative. Ce verbe peut avoir deux acceptions modalisants :

 

1.      Croire que P « considérer comme vraisemblable, comme probable ».

 

« Je crois que nous pourrons nous arranger». (M. Leblanc)

 

2.      Croire+infinitif « sentir », éprouver comme vrai ce que ne l`est pas absolument,

 

« avoir l`impression» :

 

« Je crois avoir étudie toutes les hypothèses».

 

La locution il est à croire que qui thématise la modalité et engage un sujet modal indéterminé exprime la probabilité :

 

 

« Il est à croire qu`il n`a jamais rien lu».

 

Parmi les synonymes du verbe « croire » qui lexémisent les mêmes valeurs modales il convient de retenir : penser, considérer, estimer, être d`avis, se figurer, (s`) imaginer, juger, présumer, trouver, tenir que, se douter, soupçonner.

 

Le prédicat modal savoir est réaliser é lexicalement par des verbes de sens positif, savoir et ses synonymes : jurer, parier, et des verbes de sens négatif : ignorer, oublier.

 

La modalité épistémique certainconnaît une gamme de réalisateurs assez riche :

 

o   des adjectifs modalisants : certain, assure, convaincu, persuade.

 

o   »tu n`y a pas réfléchi, j`en suis sûre». (Le Clézio)

 

o   des adverbes modalisants : certainement, certes, sûrement, assurément, à coup sûr, pour sûr, parfaitement, absolument, ainsi que l`adverbe bien, qui peut fonctionner comme modalisateur de la conviction.

 

o   les locutions verbales avoir la certitude que avoir l`assurance que.

 

o   « Il eut la certitude qu`elle disait vrai».

 

o   le verbe douter à la forme négative (avec un nemodal explétif dans le dictum, qui n`est pas obligatoire)

 

·        « Tenez, je ne doute pas qu`il ne me reçoive» (M. Leblanc)

 

·        -les adjectifs modalisants indubitable, il n`est pas douteux que P

 

·        les adverbes nul doute (et la phrase modalisante il n`y a pas de doute  que P, être hors de doute que, sans nul doute, sans doute sans aucun doute, sans le moindre doute, sans l`ombre d`un doute, à n`en pas douter sans faute.

 

La certitude peut porter non seulement sur un fait réel, mais aussi sur un fait réalisable (imminent) ou non réalisé mais qui a été sur le point de se réaliser (imminence contrecarrée).

 

           L`imminence contrecarrée (la chose énoncée a failli avoir lieu mais elle ne s`est pas produite) est réalisée au moyen des modalisants suivants :

 

  • des auxiliaires spécialisés : faillir, manquer de, falloir.

     

            Le verbe faillirest le plus employé, il apparaît en présence d`un sujet nom de chose ou nom de personne, à un temps passé de l`indicatif :

 

« L`homme se levait d`un mouvement si soudain qu`il faillit renverser la bougie».

 

            Le verbe manquers`emploie surtout au passé composé ou plus-que-parfait de l`indicatif.

 

« Elle avait manque mourir».

 

            L`auxiliaire s`en falloirse combine avec la négation pour exprimer la valeur modale d`imminence contrecarrée :

 

« Peu s`en est fallu que les deux voitures ne se tamponnent».

 

Les auxiliaires faillir, manquer, s`en falloir impliquent, par le sémantisme du verbe dictal, une modalité désidérative vouloir ne pas faire (éviter). Ces verbes ne se prêtent pas normalement à une consigne affirmative parce qu`ils sont marqués le plus souvent du trait- défavorable

 

  • des adverbes de limite non atteinte : presque, de justesse, tout juste si+Vdictal négatif :

     

« Il est presque tombe»

 

  • une macrostructure de la condition (avec le verbe principal à l`imparfait).

     

            La modalité épistémique vérifiée s`inscrit sut l`axe de l`expérience. Elle peut avoir deux articulations révélées par les acceptions que l`adjectif vérifié a en langue : évident, avéré.

 

            La première valeur modale est rendue linguistiquement par :

 

  • des adjectifs modalisants : clair, évident, manifeste, visible

     

  • des adverbes formés sur le même radical : clairement, évidemment, manifestement, visiblement, des locutions adverbiales : de toute évidence.

     

« Visiblement, il comprenait l`inutilité des paroles» (M. Leblanc)

 

            La deuxième valeur modale, avéré, se traduit linguistiquement par un ensemble de procèdes tels que :

 

§  des verbes et des suites verbales de sens passif : s`avérer, être avéré, confirmé, établi, prouve que P, être censé +inf ;

 

§  des adjectifs modalisants de sens positif : vrai, vraisemblable, ou négatif : incontestable, indéniable, indiscutable, irrécusable, irréfutable.

 

§  des adverbes de sens positif : vraiment, ou négatif : incontestablement, indiscutablement, indéniablement.

 

            La modalité probable (indécis) est relative aux choses et aux événements qu`il est raisonnable de conjecturer, de prévoir. Elle peut se rapporter aussi bien aux choses du passé qu`à celles de l`avenir.

 

            Les modalisants qui actualisent sur le plan de la langue usuelle cette valeur modale sont :

 

§  des adjectifs tels que possible, probable. L`adjectif possible exprime le plus souvent cette modalité épistémique et non une valeur aléthique, car il s`oppose à certain

 

§  des adverbes : probablement, peut-être. « Il évitait de regarder Leprat. Probablement même la présence du pianiste lui paraissait-elle déplacée».

 

§  les suites il y a des probabilités, des chances que P, souvent combinées avec des quantitatifs et modifiant une proposition introduite par : pour que

 

… » il y a de fortes probabilités pour que le texte reproduit ci-dessus ait été terminé à l`endroit ou on l`a retrouvé plus tard… » (Le Clézio)

 

            La modalité non certaine(contestable) dispose de deux moyens essentiels pour être traduite linguistiquement :

 

§  des lexèmes qui par leur thème même indiquent l`incertitude

 

§  le verbe douter et l`adjectif douteux : «  Il est douteux qu`il vienne ce soir».

 

§  par la négation des marqueurs de la modalité épistémique certain

 

§  l`adjectif certainou l`un de ses synonymes, négativité (suivi d`un dictum au subjonctif)

 

« Il n`est pas sûr que nous partions si vite» (S. de Beauvoir)

 

§  les verbes d`opinion et de déclaration : croire, penser, dire.

 

            Dans ces verbes, la modalité non certaine provient de la double possibilité réalisable/non réalisable obtenue par le jeu de la négation avec la forme modale.

 

§  Je crois qu`il ne viendra pas(probabilité de la non réalisation du dictum)

 

§  Je ne crois pas qu`il viendra(probabilité avec présomption en faveur de la non réalisation du dictum)

 

§  Je ne crois pas qu`il vienne(incertitude)

 

            Etroitement liée à l`incertitude, la modalité apparent s`exprime par des verbes de perception : sembler, paraître, apparaître, avoir l`air. Ces lexèmes doivent être mis en relation d`une part avec les verbes de perception et d`autre part avec les verbes d`opinion. Les verbes d`apparence ne sont pas interchangeables, bien qu`ils partagent des contextes en commun :

 

« Il a l`air d`être coupable»-il a l`aspect d`un homme coupable.

 

« Il apparaît coupable»- il résume de certaines preuves qu`il est coupable

 

« Il parait coupable», il se peut qu`il soit coupable

 

« Il semble coupable», il se peut qu`il soit coupable, mais les indices ne sont pas concluants.

 

            Le verbe sembler « avoir une certaine apparence» apparaît dans des contextes adjectivaux :

 

« Vous me semblez fatigué».

 

            Suivi d`un infinitif, le meme verbe a le sens «  donne l`impression de « .

 

«  Chaque minute lui semblait durer une heure».

 

            Le verbe paraître « être vu sous un certain aspect » a des acceptions différentes suivant la structure il s`insère. Dans les constructions « personnelles » il signifie « avoir l`air».

 

            Le degré d`adhésion à l`énoncé n`est pas sans rapport avec la modalité épistémique. Dans certaines situations, le locuteur prend en charge d`une manière explicite ses propres dires pour convaincre l`interlocuteur de la véridicité de ce qu`il dit. Si le locuteur veut rendre compte d`un message il peut adopter deux attitudes.

 

            Le passif impersonnel est un modalisant de ce type objectivant : il a été dit, rapporté, raconté, exposé, répété.

 

§  le locuteur intervient dans ce qu`il rapporte. Il peut le faire de deux manières

 

§  pour accentuer la vérité de ce qu`il dit (savoir pertinemment quelque chose)

 

§  pour se détacher de ce qu`il rapporte.

 

            Il existe une nuance modale qui indique que l`information que l`on transmet est non confirmée. Pour designer cette valeur modale on a proposé le terme de testimonial(R. Jakobson).

 

            Les modalisants du testimonialen français sont soit des verbes qui par leur contenu lexical ont un présupposé de faux, soit des expressions spécialisées de faux, soit des expressions spécialisées pour monter la distanciation du sujet d`énonciation.

 

            De la première série font partie des unités lexicales telles que prétendre, prétexter, prétendument, à ce qu`il prétend soi-disant:

 

« Elle se prétend volée».

 

            D`autres expressions du testimonial sont centrées  autour du verbe dire : on dit que dit-on, au dire de, à ce qu`il dit, dire+inf.

 

« Au dire des experts, la situation est encourageante».

 

 

Ø  LES MODALITES DEONTIQUES

 

            

 

            Sur le plan linguistique, les expressions déontiques sont des operateurs dont le domaine est celui des propositions. La langue établit une distinction entre les énoncés qui impliquent un contrat injonctif. Il existe ainsi des phrases descriptives (il faut…, vous devez) est des phrases prescriptives (faites…, parlez!)

 

            Les phrases à modalité déontique descriptive sont des impératifs rapportés dans lesquelles la présence du modalisant n`affecte pas le statut de la phrase, comme dans le cas de l`impératif.

 

            Le carré sur lequel les modalistes déontiques sont projetées est le suivant :

 

Obligatoire----------facultatif (non obligatoire)

 

Promis (non obligatoire que non) --------interdit (obligatoire que non)

 

            Les modalités déontiques se laissent interpréter en termes de modalités factitives. Les modalités déontiques se caractérisent par la nature anticipative de la modification qu`elles apportent au prédicat, en se différenciant en cela des modalités épistémiques ou aléthiques.

 

            Pour exprimer la modalité déontique « obligatoire», on se sert des modalisants suivants :

 

- les auxiliaires de modalités : falloir, devoir : « Il faut de la persévérance pour réussir ».

 

            L`auxiliant devoir construit avec un nominal de rection directe est datif du bénéficiaire, exprime une obligation matérielle ou morale : «  Je lui dois la vie sauve».

 

            Les deux verbes peuvent exprimer l`agent détermine du dictum, le verbe falloir présente deux constructions différentes : la construction avec régime indirect er la construction avec un mode personnel dans le dictum.

 

- des structures impersonnelles

 

            Il faut remarquer que certains adjectifs ainsi que les adverbes correspondants, peuvent être aussi des modalisants aléthiques : obligatoire, obligatoirement.

 

« Il a raté son examen ; c`était obligatoire» (aléthique)

 

« Il est obligatoire de se présenter à cet examen(déontique)

 

            Parmi les autres adjectifs modalisants déontiques on peut retenir : nécessaire, indispensable, essentiel, utile, impératif.

 

« Il est nécessaire de la sélectionner, d`en retirer tout le bruit».

 

            Certaines structures impersonnelles expriment une obligation socialisée : Il se convient, il vaut mieux.

 

« Il convient que chacun fasse un effort»

 

            Certains verbes à la voix passive : être obligé, être forcé, tenu, être dans l`obligation expriment l`obligation externe : « Il a été oblige de réparer les dégâts».

 

            La même valeur apparaît aussi avec les verbes obliger, forceravec un objet direct de la personne concernée :

 

« C`est lui qui nous oblige à nous défendre».

 

            Les modalités déontiques permis et interdit s`expriment par des lexèmes transparents : permettre, interdire et leurs synonymes autoriser, défendre.

 

« Je vous défends de me parler ainsi» (M. Leblanc)

 

            La modalité permis est traduite aussi par le verbe pouvoir(possibilité externe).

 

            Le verbe pouvoir apparaît avec cette valeur dans les demandes de permission : Puis-je… ?

 

            La valeur « facultatif » s`obtient par la negativisation des modalisants du terme « obligatoire».

 

« Il n`est pas absolument indispensable que tu fasses cette démarche ».

 

 

Ø  LES MODALITES DESIDERATIVES

 

            

 

Les modalités désidératives sont des modalités virtualisantes qui se réalisent linguistiquement par plusieurs séries de verbaux réductibles à deux types essentiels :

 

§  verbaux qui modalisent un contenu ayant le trait (+favorable)

 

§  verbaux qui modalisent un dictum ayant un contenu (- favorable) a éviter

 

            De la première série font partie des verbes (+tension) tels que vouloir, souhaiter, désirer, attendre, ainsi que des verbes ayant une valeur subjectivant plus accentuée : rêver, bruler de, avoir envie de, mourir d`envie de.

 

« Tu veux faire comme si tu n`avais pas peur…» (Le Clézio)

 

            Ici le sujet superficiel modal est identique au sujet dictal.

 

            Mais le sujet modal peut être différent du sujet dictal ce qui se traduit par plusieurs constructions possibles :

 

§  une construction à mode personnel subjonctif

 

§  une construction à sujet monté : « Je vous souhaite de réussir ».

 

            Le française dispose aussi d`un auxiliaire optatif : Pouvoir : Puisse-t-il réussir !

 

            Les verbes (+tension) qui ont un contenu dictal (-favorable) sont des verbes du type éviter, prendre garde, se défendre de.

 

 

Ø  LES MODALITES AFFECTIVES

 

            

 

Les modalités affectives sont des modalités qui expriment une estimation de ce que valent les objets par rapport à une personne ou à une collectivité. Les relations entre la logique affective et le langage sont difficile à cerner.

 

            Les modalités affectives, dont l`expression linguistique est extrêmement complexe et diversifiée, pourraient être classifiées en plusieurs types structurés autours des dimensions sémantiques suivantes : prospectif /rétrospectif et favorable/défavorable.

 

            Les modalités affectives prospectives se réalisent par des verbes et des locutions verbales : (+favorable) : espérer, compter sur, escompter.

 

            De ces verbes seul le verbe espérerest un vrai modalisant qui peut modifier une proposition dictale.

 

            (-favorable) : crainte, avoir peur, appréhender, redouter, trembler.

 

            Les modalités affectives rétrospectives connaissent une gamme plus riche de procédés de réalisation : verbes, adjectifs, adverbes modalisants :

 

-         (+favorable) :

 

-         Verbes : se réjouir

 

-         Adjectifs : heureux, content, ravi, enchante, satisfait, fier, doux, agréable, bon.

 

-         Adverbes : heureusement, par bonheur

 

-         (-favorable)

 

-         Verbes : regretter, déplorer, (se) plaindre, c`est dommage

 

-         Adjectifs : triste, malheureux, désagréable, insupportable, intolérable, pénible.

 

-         Adverbes : malheureusement, par malheur

 

Il existe des unités qui sont indifférentes à l`opposition Prospectif/Rétrospectif : aimer

 

(mieux), préférer, détester : « Il aimait a la voir réfléchir ».

 

 

Ø  CONCLUSIONS

 

            

 

L`étude des modalités constitue le terrain de rencontre de plusieurs disciplines : la logique, la linguistique et la sémiotique.

 

            L`étude des modalités met en évidence les limites d`une grammaire qui se maintient à l`intérieur des frontières fixées par la phrase.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHFIE :

 

  • Alexandrescu, S : Sur les modalités « croire » et « savoir » in « Langages », Bucarest, 1976

     

  • Beuveniste, E. Problèmes de linguistique générale, Gallimard, Paris, 1974

     

  • Greimas, A.J Pour une théorie des modalités, in Langages, 1976

     

  • Cristea, T Grammaire structurale du français contemporain, EDP, Bucarest, 1979

     

  • Bally, Ch, Pragmatica si stilistica, ditura Academiei Republicii Socialiste Romania, Bucuresti,   1950

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] André Martinet (Saint-Alban-des-Villards, Savoie, 12avril1908 - Châtenay-Malabry, Hauts-de-Seine, 16juillet1999) est un linguiste français. Influencé par l'École de Prague, il fonde l'approche fonctionnaliste de la syntaxe (Langue et Fonction, 1962). Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages importants en linguistique diachronique (Économie des changements phonétiques, 1955) et en linguistique générale. Son ouvrage le plus connu, Éléments de linguistique générale (1960) a été traduit dans 17 langues et a influencé toute une génération de linguistes en France et dans le monde. Il est également l'auteur de: Syntaxe générale (1985), Fonction et dynamique des langues (1989). Il a laissé une autobiographie intellectuelle : Mémoires d'un linguiste, vivre les langues (1993).